Chroniques express #1 – Miss Sloane, Les figures de l’ombre, Le Concours

Aujourd’hui, la team Annakelsat teste un nouveau format : les chroniques cinématographiques express.

Trois films, trois concentrés d’impressions… bonne lecture !

Ecran chronique 1


Miss Sloane : poker au sommet

Le pitch
Elizabeth Sloane est une femme d’influence brillante et sans scrupules qui opère dans les coulisses de Washington. Face au plus grand défi de sa carrière, elle va redoubler de manigances et manipulations pour atteindre une victoire qui pourrait s’avérer éclatante. Mais les méthodes dont elle use pour parvenir à ses fins menacent à la fois sa carrière et ses proches. Miss Sloane pourrait bien avoir enfin trouvé un adversaire à sa taille…
Source : Télérama 

Miss Sloane est un thriller politique très bien rythmé, qui met en scène une lobbyiste de talent jouée par Jessica Chastain.

Le film est un croisement entre le quotidien des fixers de Scandal et une plongée dans la noirceur des arcanes politiques, à la manière d’House of Cards. Au coeur de l’intrigue, la solitude d’une femme de pouvoir, la meilleure de sa profession. À travers l’évocation de cette beauté froide surgit un faisceau de questionnements éthiques. La fin justifie-t-elle les moyens. Que doit-on sacrifier pour réussir ? Que signifie cette « réussite » ? Comme dirait mon ami John Green : « You’ve gotta pick your battles in this world » (Tu dois choisir tes batailles dans ce monde, pardon pour cette traduction insipide).

Le film met en évidence la prééminence de ce que les linguistes appellent « l’empire rhétorique » : toute communication humaine relève de l’argumentation, et cette puissance de la parole imprègne notre environnement quotidien. Les entreprises, politiques, médias se livrent tous à une véritable guerre d’information, soignant leurs stratégies, assenant leurs coups. Le langage est une arme à manier avec précaution.

« Les mots ont parfois le pouvoir des trolls et ils sont capables d’abattre les dieux, ils peuvent sauver des vies et les anéantir »

Jón Kalman Stefánsson, Himnaríki og helvíti

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La partie de poker se joue à plusieurs niveaux : entre les personnages bien sûr, entre les scénaristes et le public… En restant vigilant : « Si vous êtes à une table de poker et que vous n’arrivez pas à savoir lequel de vos adversaires va être le pigeon de la soirée, c’est qu’il y a de bonnes chances que ce soit vous ! » (Paul Newman)

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Les figures de l’ombre dans la lumière

Le pitch
A la fin des années 1960, Katherine Johnson est une brillante mathématicienne. Ses amies Dorothy Vaughn et Mary Jackson aspirent à devenir ingénieures, ce qui est loin d’être évident pour ces femmes afro-américaines. Au plus fort de la conquête spatiale, la Nasa peste de se faire devancer par l’URSS. Elle compte bien envoyer un Américain, John Glenn, dans l’espace. Al Harrison, le chef du programme, engage les jeunes femmes afin qu’elles calculent les trajectoires de la fusée. Elles ont beaucoup de mal à se faire accepter et respecter. Elles peuvent néanmoins compter sur le soutien de Harrison et de l’astronaute John Glenn…
Source : Télérama 

Les figures de l’ombre, c’est l’histoire d’un trio merveilleux. Un hommage nécessaire à trois figures féminines attachantes, intelligentes et chaleureuses.

Le film est un redoutable réquisitoire contre la ségrégation : la conquête spatiale lui donne une dimension épique, des scènes quotidiennes (de précieuses minutes perdues pour aller dans des toilettes « colored women » par exemple) saisisse ce combat essentiel dans son absurdité intolérable.

pétillant, /petijɑ̃, ɑ̃t/, adjectif qualificatif
[En parlant de l’esprit, des choses de l’esprit] Qui se manifeste d’une manière vive, désordonnée ; qui jaillit avec éclat.

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Le film pétille, déborde d’humour et de rythme (la BO endiablée fait entendre des morceaux de Pharell Williams). On se réjouit des victoires de nos héroïnes et on en ressort réconfortés, ragaillardis.

Notre voisine, très enthousiaste devant l’efficacité des punchlines de Dorothy : « Ah ça, c’est bien dit ! »

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Anna K. : « À côté de feel good movie dans le dictionnaire, il y a Les figures de l’ombre comme illustration ! »

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Le Concours : un huit clos passionnant

Le pitch
C’est le jour du concours.
Les aspirants cinéastes franchissent le lourd portail de la grande école pour la première, et peut-être, la dernière fois.
Chacun rêve de cinéma, mais aussi de réussite. Tous les espoirs sont permis, toutes les angoisses aussi. Les jeunes gens rêvent et doutent.
Les jurés s’interrogent et cherchent leurs héritiers.
De l’arrivée des candidats aux délibérations des jurés, le film explore la confrontation entre deux générations et le difficile parcours de sélection qu’organisent nos sociétés contemporaines.
Le Concours restitue un instant de tension dramatique : l’espace de ces épreuves créatives, la jeunesse rêve d’incarner le cinéma de demain. La caméra de Claire Simon capture le stress, les colères, l’attente, les débats, la bienveillance, la mauvaise foi, les traits de génie et les moments d’égarements. On est en coulisses du côté des jurés, puis dans le couloir avec les candidats fébriles. Les perceptions subjectives doivent être le plus objectivées possibles : les jurés ont le pouvoir de faire basculer des destins. Et chacun mesure l’importance de sa mission.
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Les fragments du concours suivent une trame chronologique à la fois cohérente et discontinue. Le scénario se présente comme une série de portraits diffractés. Comme dans la légendaire émission documentaire Strip Tease, la structure filmante s’efface. Pas de voix off, pas d’interview, les « personnages » se livrent sans se positionner par rapport au dispositif.
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Les happy fews, survivants du Concours de la Fémis, promo 2015

Qu’est-ce qu’un réalisateur ? Doit-il être sociable pour fonctionner en équipe ? Avoir une « vision » ? Qu’est-ce qu’un génie ? Qu’est-ce que le cinéma ? Qu’est-ce qu’un bon film ? À quoi sert l’art ? Doit-on chercher le potentiel et la fraîcheur ou la maturité d’une esthétique travaillée ? Ce système méritocratique a-t-il vraiment pour valeur centrale le « mérite » ? Le film esquisse des réponses et interroge avec brio le désir de raconter des histoires.

Comme ce garçon qui s’éclaire avec son smartphone pour gratter quelques mots supplémentaires alors que l’épreuve s’est achevée, on aurait bien prolongé le voyage et la réflexion quelques instants…

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